
Paris Croque-note change d'adresse !
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Miss Terre et Mister de Paris


Voilà, on y est, sur les toits de Paris, les baskets bien collées au zinc. On cherche ses repères, on se discipline l’instinct et le vertige. Paris est là, tout assoupi, piqué de ses grands monuments orgueilleusement éclairés. On Arsènelupine, comme de vrais monte en l'air, sur les faîtes zingués, la main courante lissant le garde corps posé, il y a des lustres, par les ouvriers couvreurs. On chuchote et on se rassure, les yeux précis plantés à gauche sur la tôle en pénombre. Ne pas regarder à droite, là où le vide jauge trente ou quarante mètres. On cherche la voie qui nous conduira sur la crête par de là laquelle brille un morceau de ville ; but de l’escapade. On plisse les yeux, cherchant le passage, la gouttière ou la corniche, qui conduit au balcon espéré. Un passage difficile ? On s’encourage. Encore cent mètres de crapahute, laisser à gauche quelques cheminées et là : La Place Vendôme , vue de dessus.
On reste tapi sur le toit du 23, comme des apaches en planque. Quelques touristes pistent les clients du Ritz, quelques autos trop mobiles rayent de jaune et de rouge le temps de pause de nos photos souvenirs. On sourit à se savoir à deux toits du Ministère de la Justice, ou encore à ceux des plus grands joailliers. On s’en retourne enfin, après un repos de deux heures à épier la ville, à sentir son ciel. On redescend comme Fantômette, Fantomas, Cartouche ou Lara Croft ; chacun son trip mais toujours, à pas de loup. On feinte une dernière fois le vigile, on escalade la palissade. Ca y est, on est à la rue. Le debriefing se fait immédiatement au Harrys Bar .
PS : Ces balades sont parfaitement dangereuses et interdites, qu’on se le dise. On ne s'improvise pas toiturophile. On peut néanmoins les réaliser de façon confortable en se procurant ce beau livre.
Qui veut chercher un trésor s’arme de sa pelle, de sa poche, et en avant. Le voilà alors qui creuse aux abords des châteaux, des vieux arbres, des nécropoles. A Paris, il existe pourtant un trésor méconnu qui, au lieu de se terrer six pieds sous terre, s’étale… en haut d’un escalier. Mieux, ce trésor se trouve lui-même au sein d’un autre trésor trop longtemps ignoré : la tour Jean sans Peur. Attention, record ! Elle demeure à ce jour l’unique vestige de construction civile du moyen âge subsistant à Paris.
Nous sommes en 1407. Le roi Charles VI est atteint de folie. Qui pourra bien lui succéder ? Jean sans Peur, alors duc de Bourgogne, a trouvé une solution radicale. Il fait assassiner le frère du roi, le duc d’Orléans, et se retrouve maître de Paris. Tant pis si la guerre civile éclate aussitôt après la nouvelle répandue, entre les Bourguignons (partisans du duc de Bourgogne), et les Armagnacs (partisans du duc d’Orléans).
Jean sans Peur n’a que faire et gouverne depuis l’hôtel de Bourgogne à Paris. Quelque chose le gêne pourtant. Comme une sensation d’inachevé, un manque. Enfin, il a trouvé !
Quatre ans plus tard, en 1411, les parisiens découvrent la tour achevée que Jean sans peur vient de planter sur son hôtel, comme symbole de son pouvoir. Et pour cause : la tour domine l’hôtel de Bourgogne et sans doute, le tout Paris de l’époque.
Quant au trésor dans le trésor… Au sein de la tour, l’escalier d’honneur (un escalier à vis) s’enroule autour d’un tronc en pierre qui s’achève sur les branches d’un arbre pétrifié, taillé sur place. Un chef d’œuvre unique en France.
Un arbre ? Ou plutôt trois entrelacés : le houblon, symbole de Jean sans Peur. Le chêne, symbole de son père, Philippe le Hardi. L’aubépine, symbole de sa mère, Marguerite de Flandre.
Beaucoup d’efforts pour peu d’effets : en 1419, Jean sans Peur meurt assassiné par d’un coup de trop… un coup d’Armagnac, bien sûr.Tour Jean sans Peur
20, rue Etienne Marcel 75002 Paris
Site : www.tourjeansanspeur.com
Hier soir, la Galerie André Girard portait fière son acronyme : GAG.
Philippe Mougey et Jean Cabut inaugurent leur expo « Têtes de Gondoles », sculptures et lithos. Et pour se gondoler, ça se gondole, rue Campagne-Première, chez Danielle Delorme. Mougey et Cabu coupent le ruban, la fanfare exécute la Marseillaise, paix à son âme, puis nous entrons, communion rigolote, dans le ventre de la présidentielle où Chirac bonnasse, Sarkozy effraie, Bayrou pédale, Laguillier désopile, Lepen terrifie et Royal accueille.
Haaaa Mougey , sculpteur résolumment à suivre ! Jean-François Duffau, son prof de modelage du temps pas si éloigné des Beaux Arts, est là, en pâtre d'un autre âge, en Justin Bridou mais en vrai et en mieux. Il a dans sa besace une p'tite chienne échevelée, Césarine ; hommage à ses 25 ans de compagnonage avec César. Hugues Auffray, non loin, semble siffloter "Adieu, monsieur le professeur...". Adieu César, bonjour Mougey. De l’autre côté de la rue, dans l’annexe de la galerie, De Gaulle, descend les Champs-Elysées, sans Concorde ni Arc de Triomphe. Vanitas, vanitatum. Filez rue Campagne-Première, au 7, je vous dis.
Le mystère de la médaille soviétique incluse dans le macadam de l’avenue Denfert-Rochereau, avait fait, on s’en souvient, grand bruit. Après une minutieuse enquête, Paris Croque-Note est en mesure de vous révéler l’entière vérité. En 2003, Soleimane, proprio d’un commerce de presse depuis 15 ans est en bagarre contre le projet municipal consistant à faire passer un couloir de bus sur son trottoir. Il profite d’une rénovation de celui-ci pour y inclure la fameuse médaille. Un acte de résistance, certes modeste, certes passive mais miraculeuse puisque il fut décidé que les bus passeraient au milieu de l’avenue et non sur ses étals. C’est un touriste russe qui lui a échangé, un jour, cette médaille contre une pièce de monnaie ouzbek oubliée sur son comptoir.
Soleimane a arrêté la vente de presse en septembre dernier, puisque celle-ci se vend de moins en moins bien, mais continue d’être le libraire et le papetier du quartier. On y croise des habitués, des gamins mais aussi les vieux prêtres, ses voisins de la maison de retraite où Monseigneur Lustiger finit ses jours. Il y a aussi le passage de touristes en short, en quête de livres pas chers ou d’autres, en panne de sudoku.Soleimane, est iranien, réfugié politique. Il a aujourd’hui la double nationalité. Il y a plus de trente ans, après des séjours en Angleterre, en Italie, en Suisse, il a fini par choisir la France pour poursuivre, à Paris, ses études en urbanisme mais aussi, ajoute t’il, par amour de la République. Celui qui avait fuit le régime du Shah pour ne plus pouvoir rentrer en Iran après la révolution islamique est un joueur d’échecs redoutable. Mon frère aîné, affirme-t-il, champion d’Iran de l’époque n'a jamais réussi à me battre. Depuis, Soleimane a laissé tomber : La nuit je ne rêvais plus que de combinaisons et de parties. J’ai dû arrêter. Je devenais fou. Une fois, j'ai joué contre un type. Je lui ai dit, montre-moi la case où tu veux que je te mette mat. Il a souri, m’a désigné l’endroit et en douze coups, il était mat !